Edito de mai 2012

Ce que parler veut dire *

J’ai emprunté le titre à Pierre BOURDIEU pour l’un de ses ouvrages pour expliquer en quoi la parole nous représente. Elle nous reflète à travers notre éducation, notre culture générale, notre rapport au monde, nos projections.

Dans notre société actuelle, nous sommes piégés par la frénésie de la rapidité. Comme si nous devions parler vite, comme si le silence était gênant, nous faisons tout pour meubler et finalement pour ne rien dire. Nous sommes gagnés par le principe du creux. Nous parlons quelquefois pour ne rien dire. Nous tombons alors dans l’insignifiant. Comme si nous n’étions plus en mesure de créer, imaginer, concevoir, conceptualiser, nous pensons alors à reprendre la vulgarité étalée dans certaines émissions de télévision ou de radio où le vide est occupé par des expressions en dessous de la ceinture, loin de toute connotation esthétique.

Le comble c’est d’importer cette culture du vide dans les établissements comme le nôtre et de l’imposer dans les rapports avec les collègues et les accueillis. Il importe ici que nous soyons tous vigilants pour que cette vulgarité et le vide qui la sous-tend ne viennent pas s’ancrer dans les institutions spécialisées. Nous n’avons pas besoin de parler comme dans certains milieux où le manque de respect et de subtilité s’impose comme une règle dans les rapports inter-personnels.

Dans nos établissements sociaux et médico-sociaux, nous pouvons parler sans avoir besoin de la grossiereté et de tous les « gros mots » qui fleurissent le vocabulaire de toutes ces personnes qui n’ont plus de cadre moral ou de filtre dans leur expression. En parlant, nous engageons notre esprit de responsabilité et de capacité de discernement. C’est toujours mieux de le savoir pour ne pas se laisser surprendre…

 

A bientôt !

Macaire PASSY